Le "travail" de deuil

Tout au long de notre vie et cela depuis notre toute petite enfance, nous sommes confrontés à vivre des « pertes » en tout genre.

Une des premières d’entre elle est celle que nous avons subis à la naissance. Le nourrisson que nous avons été a un jour quitté « l’enveloppe » maternelle dans laquelle il s’est développé pour découvrir un tout autre environnement… Plus tard, le petit enfant que nous étions a dû quitter son premier cocon de vie pour aller à la crèche ou à l’école. Là aussi, une séparation, une perte de quelque chose qui ne sera plus comme avant… Quelques années plus tard, l’enfant que nous étions est devenu un pré ado puis un ado avec tous les changements que cela comporte : il a délaissé ses jouets, il a parfois changé de copains, ses relations avec ses proches ont changé… Un jour, nous nous retrouvons sur le marché de l’emploi. Là aussi une nouvelle étape, un nouvel environnement de vie… Arrive des moments où nous sommes amenés à déménager et quitter notre lieu de vie… Et puis arrive aussi des moments tragiques où nous devons faire face à la perte de proches. Des pertes parfois immenses…

Toutes ces pertes quelles qu’elles soient impliquent qu’on le veuille ou non un « travail » de deuil. Mais au fond de quoi s’agit-il ? En quelques mots, le deuil se caractérise généralement par de vives réactions émotionnelles. La tristesse y tient une large place. Elle nous permet de traverser ce chemin vers l’acceptation de ce qui est… Il y a parfois de la colère… Une colère qui peut cacher de la tristesse ou encore des angoisses, des inquiétudes… Après la perte, nous nous retrouvons en effet face à une situation inconnue qui peut être l'objet de peurs…

Finalement, ce qu’on appelle « travail » de deuil ou encore « faire » son deuil va se jouer pour une bonne part sur le plan émotionnel. A son rythme et avec le temps, selon sa capacité à exprimer ses émotions, la personne va progressivement évoluer vers un état d'apaisement intérieur et cela malgré la perte vécue. Le problème, c’est que nous vivons dans une société dans laquelle nous ne sommes pas forcément très à l’aise avec l’expression des émotions. Il faudrait tout de suite aller mieux, ne plus être triste, ne pas se mettre en colère, ne pas avoir peur… Par ailleurs, le deuil ne se montre quasiment plus aujourd’hui…

Conséquence, il arrive que des deuils ne puissent pas « se faire ». Il y a alors blocage. Les émotions restent contenues. Elles ne trouvent pas suffisamment de champ d’expression. Les personnes concernées mettent en place des compensations. Une manière d’étouffer leur état de souffrance intérieure. Certaines se cachent derrières des comportements agressifs... D’autres se réfugient dans l’alcool. D’autres encore s’engagent éperdument dans le travail ou toute autre activité… Le déséquilibre provoqué par la perte se retrouve alors soutenu de manière précaire… Et lorsque plus tard ces personnes se retrouvent exposées à une nouvelle perte, à un nouveau choc de vie, cet « équilibre » risque de rompre. Les réactions émotionnelles, comportementales et physiologiques risquent de prendre une toute autre ampleur…

C'est la raison pour laquelle il peut être utile et important de se faire accompagner par un professionnel en cas de deuil difficile. La priorité étant pour la personne en souffrance de trouver un lieu, un espace, une écoute où elle puisse s’exprimer librement, exprimer librement ses états émotionnels en confiance, sans crainte de se sentir jugé… En cela réside à mon sens une grande part de ce qu’on appelle communément le « travail » de deuil.

 

Bretagne ete 2010 194